Créatinine et eGFR
La créatinine et le DFG estimé sont des marqueurs rénaux qui dépendent du contexte. La masse musculaire, la viande cuite et la créatine peuvent fausser le taux de créatinine. En cas de résultats peu clairs de la créatinine et du DFG estimé, la cystatine C ou des formules d'estimation combinées peuvent être utiles ; si une grande précision est requise, on peut envisager une mesure directe du DFG. Le rapport albumine/créatinine urinaire (ACR) permet d'évaluer de manière complémentaire une éventuelle atteinte rénale.
Ce que mesurent la créatinine et le DFG estimé
La créatinine est produite lors de la dégradation de la créatine dans les muscles. Elle est éliminée par filtration glomérulaire et sécrétion tubulaire. L'eGFR est donc une estimation du débit de filtration glomérulaire, et non une mesure directe du GFR. La masse musculaire, l'âge, le sexe et l'alimentation influencent la production de créatinine ; les coefficients des formules ne reflètent ici que des effets moyens.
Chez les jeunes en bonne santé, le DFG est généralement d'au moins 90 ml/min/1,73 m². Une valeur de catégorie G1 ou G2 sans marqueur de lésion rénale ne répond pas à elle seule aux critères d'une insuffisance rénale chronique. Une valeur supérieure à 90 est donc une valeur contextuelle et ne constitue pas une preuve universelle de normalité.
Selon une note d'information clinique, le DFG peut chuter jusqu'à environ la moitié de la valeur normale avant que la créatinine sérique ne dépasse la limite supérieure de la fourchette de référence. Une mesure ponctuelle de la créatinine peut donc passer à côté d'une altération fonctionnelle significative. L'albuminurie persistante constitue un marqueur complémentaire important d'une atteinte rénale.
Pourquoi la masse musculaire peut modifier le DFG estimé
Lorsqu'il y a une production accrue de créatinine, le taux sanguin peut augmenter et le DFG estimé calculé à partir de celui-ci diminuer, sans qu'une modification du DFG ait déjà été mesurée. Il s'agit là d'une conclusion plausible d'un point de vue mécanistique, compte tenu de la production de créatinine et des facteurs connus n'influençant pas le DFG, mais cela ne constitue pas une preuve individuelle en faveur ou contre une atteinte rénale.
Une étude transversale menée auprès de jeunes hommes en bonne santé présentant différentes compositions corporelles a révélé que le taux de créatinine le plus élevé était observé dans le groupe musclé : 90,1 µmol/L, avec un intervalle de confiance à 95 % compris entre 84,3 et 96,0 µmol/L. La masse musculaire et l’âge ont influencé de manière significative le taux de créatinine, et les équations basées sur la créatinine ont sous-estimé le DFG mesuré par DTPA dans le groupe le plus musclé. L’étude ne portait pas spécifiquement sur une population de culturistes et ne fournit pas de facteur de correction individuel pour une masse musculaire particulièrement élevée.
Le rôle d'un repas
Une étude clinique contrôlée menée auprès de 32 personnes, dont 17 volontaires en bonne santé et 15 patients en ambulatoire, a évalué l'effet aigu d'un repas à base de viande cuite. La créatinine médiane est passée d'une valeur initiale de 80,5 à 101,0 µmol/L après 1 à 2 heures, pour s'établir à 99,0 µmol/L après 3 à 4 heures. Le DFG estimé médian a quant à lui baissé de 84,0 à 59,5 puis à 64,0 ml/min/1,73 m² ; les comparaisons rapportées étaient toutes significatives avec p < 0,0001. Il s’agit là d’un effet aigu du repas sur un biomarqueur et non d’une mesure directe d’une perte de filtration.
Dans cette même étude, un repas de référence sans viande n’a pratiquement pas modifié les taux de créatinine et le DFG estimé. La cystatine C n’a généralement pas été influencée par l’apport alimentaire. Ce résultat négatif s’applique à la situation alimentaire ponctuelle et ne vaut pas automatiquement pour tous les facteurs liés au sport ou à la maladie.
Comment la créatine peut modifier les résultats et ce que révèlent les études
Les recommandations du KDIGO mentionnent une alimentation riche en protéines et la prise de compléments alimentaires à base de créatine comme facteurs non liés au DFG influant sur le taux de créatinine sérique. Dans ces conditions, une élévation du taux de créatinine peut donc s'expliquer en partie par une modification de la production de créatinine et non par une modification du DFG. L'ampleur de cet effet individuel n'est toutefois pas déterminée.
Dans une étude randomisée menée auprès de personnes en bonne santé pratiquant la musculation et ayant un apport protéique d'au moins 1,2 g/kg/jour, les participants ont reçu 20 g de créatine par jour pendant 5 jours, puis 5 g par jour. Au bout de 12 semaines, le débit de filtration glomérulaire (DFG), mesuré par la méthode 51Cr-EDTA, n’avait pas évolué de manière significative. La clairance de la créatinine, l’urée, la protéinurie et l’albuminurie sont également restées pratiquement inchangées. L’étude portait sur des personnes en bonne santé et s’est déroulée sur douze semaines.
Une méta-analyse d'essais cliniques randomisés (ECR) portant sur 19 études randomisées et une étude croisée randomisée en double aveugle supplémentaire a mis en évidence une augmentation moyenne de la créatinine sérique de 0,13 mg/dL, IC à 95 % : 0,07 à 0,18 mg/dL. L'évaluation de l'eGFR issue de huit études n'a révélé aucune différence statistiquement significative entre le groupe traité à la créatine et le groupe témoin : DM −5,20 ml/min/1,73 m², IC à 95 % : −15,00 à 4,60. L'augmentation moyenne de la créatinine ne doit donc pas être assimilée à une perte avérée du DFG, mais elle ne constitue pas non plus une limite maximale universelle pour chaque individu.
Un rapport de cas isolé décrit, chez un patient de 17 ans, une augmentation parallèle de la créatinine et de la cystatine C après une phase de charge à forte dose de créatine d'une durée de six jours. Les reins étaient hypertrophiés et une biopsie a confirmé une néphropathie à cylindres. Un cas isolé, sans groupe témoin, ne permet pas de quantifier un risque général et ne saurait être assimilé à la posologie d'entretien habituelle chez les adultes en bonne santé. Il empêche toutefois d'affirmer de manière générale que la créatine ne pourrait jamais être associée à une atteinte rénale réelle.
Quels examens complémentaires réaliser en cas de valeur d'eGFR incertaine ?
Si l'eGFR calculé à partir de la créatinine est susceptible d'être imprécis en cas de masse musculaire élevée et qu'une décision dépend du DFG, le KDIGO recommande l'eGFR combiné créatinine-cystatine C. En cas de besoin de précision élevée, le DFG doit être mesuré à l'aide d'un marqueur exogène. Il s'agit d'une recommandation diagnostique conditionnelle et non d'une preuve que la cystatine C est infaillible dans toutes les situations sportives.
La cystatine C n'est pas un marqueur de substitution exempt d'interférences. La directive cite notamment l'inflammation, les stéroïdes, les maladies thyroïdiennes et le cancer comme facteurs d'influence potentiels. Le fait que la cystatine C soit restée globalement inchangée dans l'étude sur les repas, malgré l'apport alimentaire, ne prouve donc pas sa supériorité universelle chez les adeptes de la musculation.
Pour le dépistage et le suivi d’une atteinte rénale, le KDIGO privilégie une mesure quantitative de l’albumine ou le rapport albumine/créatinine urinaire (ACR). L’effort physique peut entraîner une augmentation temporaire de l’albuminurie et de la protéinurie. Un résultat urinaire anormal isolé après un effort physique doit donc être replacé dans son contexte temporel et, si nécessaire, faire l'objet d'un suivi pour vérifier sa persistance.
Ce qu'on peut en déduire concrètement
En musculation, le taux de créatinine ne doit pas être considéré isolément comme un indicateur de la fonction rénale. Ce qui est déterminant, c’est de savoir si la production de marqueurs, le débit de filtration estimé ou, en outre, un marqueur de lésion rénale présentent des anomalies.
- Lors de la discussion des résultats, il convient de mentionner la masse musculaire, la prise de compléments alimentaires à base de créatine, la consommation récente d'un repas à base de viande cuite et tout effort physique inhabituel. Ces informations permettent d'éviter d'interpréter trop hâtivement une éventuelle anomalie des marqueurs comme étant uniquement due à une perte de filtration.
- Les données disponibles ne permettent pas de justifier un intervalle de repos forfaitaire de 48 heures entre la prise de créatine, la consommation de viande et un entraînement intense. Il ne convient donc pas de présenter un intervalle de temps précis comme une règle standard fondée sur des preuves scientifiques.
- En cas de DFG anormal et de masse musculaire élevée, l’estimation combinée de la DFG à partir de la créatinine et de la cystatine C constitue la prochaine étape recommandée par les recommandations. Si une décision nécessite une estimation particulièrement précise du DFG, une mesure à l’aide d’un marqueur exogène peut être envisagée.
- En cas d'ACR ou de protéinurie significative après un effort physique, le résultat doit être évalué dans le contexte de l'effort et on doit vérifier s'il persiste.
Limites et conclusion
L'étude directe sur la masse musculaire portait sur de jeunes hommes en bonne santé et non sur une population clinique de culturistes. L'essai contrôlé randomisé (ECR) sur la créatine concernait des personnes en bonne santé pratiquant la musculation et s'est déroulé sur douze semaines. La méta-analyse ne disposait de données sur le DFG que pour huit études, avec des populations et des méthodes de mesure hétérogènes ; il manque des données à long terme sur une période supérieure à un an. La preuve contraire confirmée par biopsie concerne un cas isolé chez un adolescent après une phase de charge à forte dose.
Il convient donc de nuancer ainsi : chez les personnes musclées et sous créatine, une élévation du taux de créatinine peut s’expliquer en partie par la formation de marqueurs. Elle ne doit toutefois être considérée ni automatiquement comme un signe de lésion rénale, ni automatiquement comme inoffensive. Le contexte, l’eGFR combiné, l’ACR urinaire et, lorsqu’une grande précision est requise, un DFG mesuré permettent de distinguer ces possibilités plus efficacement que la créatinine prise isolément.
Sources
- National Kidney Foundation. Frequently Asked Questions About GFR Estimates: Assessment of Kidney Function. 2022. Source ouverte
- Chew-Harris JS et al. The relative effects of fat versus muscle mass on cystatin C and estimates of renal function in healthy young men. Ann Clin Biochem. 2013. PubMed
- Preiss DJ et al. The influence of a cooked-meat meal on estimated glomerular filtration rate. Ann Clin Biochem. 2007. PubMed
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- Tsiaras A et al. The Effect of Creatine Supplementation on Kidney Function: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. J Ren Nutr. 2026. PubMed
- KDIGO. KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Evaluation and Management of Chronic Kidney Disease. Kidney International. 2024;105(Suppl 4S). Source ouverte
- Filler G et al. Acute kidney injury with cast nephropathy following creatine loading in a 17-year-old. Pediatr Nephrol. 2025. PubMed
Cet article a été rédigé à l'aide de systèmes d'intelligence artificielle. En savoir plus